Canadien
 
 
A very special thanks to all the people transforming this reportage into a great human adventure. They will recognize themselves !


Passez la souris sur les images pour lire les légendes. Bon voyage au pays des grands rêves.

-27°C. Sans soleil. Le downtown de Calgary, Alberta, voit ses buildings se couvrir d'épaisses volutes de fumée dignes de Germinal. Ceux des habitants qui se promenaient encore l'avant-veille en chemise - par un tiède -5° - se sont couverts d'un léger manteau ou d'une veste de costume... Les autres sont en plus équipés de gants et bonnets ou profitent du réseau de passerelles couvertes reliant les premiers étages des buildings, le +15 (prononcer "pleusse fiftine"), à 15 pieds au-dessus du sol. Les Calgarians donnent la température en valeur absolue : nul besoin de préciser qu'il s'agit de chiffres négatifs ! Demain, il fera donc "30", et après-demain "35"...

 



Les trains canadiens, essentiellement fret, sillonnent un territoire de 10 millions de km² : vingt fois la France... Par où commencer ? L'attrait des Rocky mountains sera le plus fort ; le froid et la neige y règnent en maître depuis déjà plusieurs mois. Il faut s'y préparer, les chaussures de ville et le pantalon jean ne sont pas vraiment à la hauteur de l'hiver canadien ! C'est l'occasion de découvrir le tram-train de Calgary, qui dessert trois branches à partir du centre-ville. Un bon avant-goût, les trams filent à 80 km/h sans défaillir, en soulevant la fine couche de neige fraîche en de légères arabesques, par un climat qui ne semble choquer personne ici ; j'apprendrais pourtant que cette semaine est froide pour la saison, après un début d'hiver le plus chaud depuis que les relevés météo existent - avec des températures à peine négatives !

Me voilà bientôt équipé pour m'aventurer vers le far west, sur les traces des conquérants du rail. L'itinéraire longe la voie transcontinentale sud, ligne de 5000 km ouverte en 1885 par le gouvernement canadien, après une quinzaine d'années de travaux seulement. C'était l'époque des constructions pharaoniques, principal outil d'un aménagement du territoire à marche forcée ; en terrain vierge, à ceci près qu'il était occupé par les indiens.

Premier arrêt : la Bow River, en train de geler, par -30°C. Un spectacle que j'aurais tout le loisir d'admirer depuis les berges, la voie unique de l'autre côté de la rivière ne permettant le passage que d'un nombre limité de trains ; ceux-ci se croisent seulement dans les zones de double voie prévues à cet effet, tous les 20 ou 30km. Pendant une heure, le processus d'embacle dégage de magnifiques panaches de fumée avec lesquels l'un des premiers trains du matin - un petit train de locomotives, couleur rouge canadien - jouera à cache-cache.

Je mettrais plusieurs jours à atteindre Banff, les 150 km qui séparent Calgary de la "ville" principale du parc national éponyme réservent leur lot de détours magnifiques. Des paysages infinis, des petits paysages intimes, des étonants 4*4 sur rails qui testent la voie ferrée afin de prévenir toute situation de rail cassé, dont le froid augmente le risque ; des trains de 2km de long qui mettent plusieurs minutes à franchir le passage à niveau, gravissant péniblement la rampe qui mène après plusieurs centaines de kilomètres au Kicking Horse Pass, à 1600m d'altitude, au coeur du parc national de Banff. Les distractions ne manquent pas. 


L'exploration se révèle difficile : au terme de plusieurs jours de froid nuageux sur des routes enneigées, ou plutôt la plupart du temps sur l'unique route ouverte, la Transcanadienne, peu de points de vue m'ont permis d'admirer la voie ferrée et ses immenses trains.

Un matin, après une nuit un peu difficile au fond d'une route en impasse, devant un lac gelé et derrière les vitres givrées de la voiture, le thermomètre/boussole m'indique -15°C. A l'intérieur... Il neige, pas une trace n'est encore visible dans les lueurs bleutées d'avant l'aube sur la route touristique de la vallée de la Bow. La vie tourne au ralenti, les animaux sont invisibles, ici une locomotive tourne sans personne à l'intérieur à côté d'un convoi déneigeur impressionnant, un peu plus loin deux agents de la Canadian Pacific attendent l'autorisation de s'engager sur la voie ferrée avec leur véhicule de test des rails.

Après des dizaines de km de solitude, Lake Louise apparaît tout aussi peu active. Au bout de l'une des quelques rues, un homme à la barbe et aux cheveux blancs s'échine en silence à débarrasser la neige qui tombe doucement. Je ne quitterai Jerry Cook qu'après un saut à travers l'histoire et une visite passionnée de sa gare-restaurant et des voitures de chemin de fer luxueuses garées non loin.

Toujours plus loin vers l'Ouest, c'est au tour de Field de se dévoiler. Il n'y a rien d'autre que ce minuscule village à 40km à la ronde. Enfin si : l'une des voies ferrées les plus importantes du Canada ! L'itinéraire transcontinental est en effet parcouru par plusieurs dizaines de kilomètres de trains chaque jour : l'été d'après Jerry Cook, il y passe jusqu'à 24 trains par jour, chacun mesurant 2km et 100 wagons ! Celui-ci, à gauche, transporte plus de 200 containers, à destination du Canada... mais aussi de l'Europe.

Il y a aussi des trains de voyageur au Canada. Enfin, dans cette partie du Canada, un seul. Trois fois par semaine. Mais quel voyage ! 5000km du fleuve Saint-Laurent au Pacifique, à travers Grandes Prairies, lacs gelés et montagnes enneigées. Enfin pour la collection Automne-Hiver, car l'été le paysage est tout autre !

Edmonton, 300km au Nord de Calgary, sera mon point de départ. Le jour n'est pas encore levé lorsque le train s'élance vers les grands espaces. Le soleil fait une courte apparition une heure plus tard, irradiant la voiture-restaurant et ses clients d'une douce et chaude lumière qui contraste avec le paysage d'une blancheur givrée.

Tout au long du voyage se succèdent montagnes, lacs et forêts aux conifères d'une hauteur incroyable. Le train serpente à travers un grand vide, un immense espace sauvage dans lequel l'homme n'a presque pas sa place. Nous sommes tout fragiles, comme suspendus dans un autre monde à deux fines files de rail, infinis fils d'Ariane qui nous relient au reste de l'humanité...






Derniers instants à bord du Canadien, après 2000km de voyage extra-ordinaire...



Le voyage est encore long... et à lire en intégralité dans LOC Magazine N°7 (Juin 2012) ! 25 pages de texte et photos, revue disponible dans tous les bons kiosques ;)



 



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